Trois à quatre enfants sur une même table-banc dans certains collèges. Des dizaines d’autres serrés les uns contre les autres, leurs cahiers coincés entre les coudes, à la recherche du moindre espace pour bien écrire. Au fond de la salle, certains peinent à suivre les explications du professeur. Devant, l’enseignant s’efforce de se faire entendre et de retenir l’attention d’une classe qui semble ne plus pouvoir accueillir un élève supplémentaire. Dans plusieurs collèges publics du département de l’Ouémé, cette réalité témoigne des difficultés auxquelles se heurtent les établissements en cette année scolaire 2026-2027.

La rentrée est passée depuis environ deux mois. Les cours ont repris leur rythme, les programmes avancent et, dans les établissements, les premières séries de devoirs se préparent déjà. Pourtant, derrière cette apparente normalité, les salles de classe débordent. Dans la majorité des classes de sixième, de cinquième et de quatrième, les effectifs varient entre 60 et ,70 voire 80 élèves pour les cas critiques. Trouver une place à chacun, organiser les cours et maintenir des conditions d’apprentissage acceptables deviennent des défis quotidiens.
Dans plusieurs établissements, les tables-bancs ne suffisent plus à accueillir convenablement les apprenants. Certains doivent se serrer à quatre sur une même table. Les mouvements sont limités, l’espace de travail se réduit et la concentration devient plus difficile. Pour les enfants, suivre les explications, prendre des notes et participer aux exercices relève parfois d’une véritable épreuve. « Nous faisons de notre mieux pour accueillir tous les enfants, mais les effectifs deviennent difficiles à gérer avec les moyens disponibles. Il faut répartir les élèves, organiser les cours et veiller à ce que chacun puisse suivre », confie le directeur d’un collège public de la commune d’Akpro-Missérété.

Derrière ces difficultés se cache une charge de travail considérablement alourdie pour les responsables d’établissement. Il faut ajuster les emplois du temps, optimiser l’utilisation des salles et rechercher des solutions pour maintenir les enseignements. Les classes volantes se sont multipliées drastiquement dans certains collèges, tandis que les groupes pédagogiques ont également connu une forte augmentation, selon les constats sur le terrain. Ces ajustements permettent de poursuivre les activités scolaires, mais compliquent davantage une organisation déjà soumise à une forte pression.
Les enseignants, eux aussi, doivent redoubler d’efforts. Dispenser une leçon à 80 ou 90 élèves ne présente pas les mêmes exigences que travailler avec une classe moins nombreuse. Vérifier les cahiers, corriger les exercices, répondre aux questions et repérer les apprenants en difficulté demandent davantage de temps et d’énergie. Pour certains acteurs éducatifs, les efforts nécessaires à l’encadrement et à la gestion des classes ont pratiquement doublé. « Avec autant d’élèves, il devient difficile de suivre chacun comme il le faudrait. Nous devons maintenir la discipline, dispenser les cours et nous assurer que les enfants comprennent. Cela demande énormément d’énergie », témoigne un surveillant général d’un collège public de la commune d’Adjarra qui préfère garder l’anonymat. La surcharge ne concerne donc pas uniquement les salles de classe. Elle se répercute sur le fonctionnement général des établissements et sur les conditions de travail des équipes éducatives, appelées à faire davantage avec des moyens qui ne suivent pas toujours l’évolution des effectifs.

Pour les élèves, la difficulté est encore plus élevée. « Nous sommes trop nombreux dans la classe. Parfois, nous devons nous serrer pour écrire et il est difficile de bien suivre le professeur. En plus il fait trop chaud», témoigne Jean, un élève de la classe de 5ème dans un collège public à Porto-Novo. Une autre apprenante, Charlotte , souligne qu’avec autant de camarades dans la salle, il n’est pas toujours facile de se concentrer ni de poser des questions lorsqu’on ne comprend pas une leçon. À l’approche des premières évaluations dans certains collèges, ces conditions soulèvent des interrogations sur la qualité des apprentissages. Comment chaque élève peut-il bénéficier d’un suivi suffisant lorsque l’enseignant doit gérer un groupe aussi important ? Comment identifier rapidement les lacunes et accompagner les enfants qui rencontrent des difficultés ? Autant de préoccupations qui placent les conditions d’apprentissage au cœur du débat.
Plusieurs facteurs pourraient contribuer à expliquer cette pression croissante sur les collèges publics, constate un parent d’élève, très inquiet à Dangbo. Le taux élevé de réussite au certificat d’études primaires (CEP), en augmentant le nombre d’élèves susceptibles de poursuivre leur scolarité au secondaire, pourrait accroître les besoins d’accueil dans les établissements. À cela s’ajoute la gratuité des frais de scolarité accordée aux filles du primaire à la terminale, une mesure de haute portée sociale et salutaire , susceptible d’influencer les choix des familles soucieuses de réduire leurs dépenses scolaires. Pour certains parents, l’inscription dans un établissement public devient ainsi une option économiquement plus accessible. De nombreux transferts d’élèves du privé vers le public en ont d’ailleurs résulté tandis que certains établissements privés ont connu une baisse importante de leurs effectifs.Le problème de fond reste celui de l’adéquation entre l’évolution des effectifs et les moyens disponibles. Faciliter l’accès à l’éducation est indispensable, mais lorsque les élèves arrivent en nombre croissant sans que les salles de classe, les tables-bancs et le personnel enseignant suivent suffisamment, la pression devient inévitable.

Face à cette situation, les efforts des directeurs, des enseignants et des surveillants ne peuvent constituer une réponse durable. L’État est attendu pour évaluer les besoins des collèges les plus affectés, notamment dans l’Ouémé, et engager les mesures nécessaires : construction de nouvelles salles de classe, acquisition de mobilier scolaire, renforcement du personnel éducatif et meilleure répartition des effectifs. La multiplication des classes volantes et des groupes pédagogiques témoigne de la capacité d’adaptation des établissements, mais elle ne saurait remplacer durablement des infrastructures adaptées. Les équipes éducatives ont besoin de moyens proportionnés à leurs responsabilités, tandis que les élèves doivent pouvoir apprendre dans un environnement favorable à la concentration, à la compréhension et à la réussite.
Car, derrière chaque classe de 60 ou 80 élèves, il y a des enfants qui aspirent à apprendre, des parents qui espèrent leur réussite et des enseignants qui tentent de transmettre leurs connaissances malgré des conditions de travail difficiles. Il est donc urgent de renforcer les capacités d’accueil des collèges publics afin que l’augmentation du nombre d’enfants scolarisés ne se traduise pas par une dégradation de leurs conditions d’apprentissage. L’accès à l’école doit s’accompagner de moyens suffisants pour préserver la qualité de l’enseignement et soutenir ceux qui portent quotidiennement l’éducation nationale.
@ FENOU MÉDIAS
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