Au Bénin, le drame de l’insuffisance rénale prend une dimension de plus en plus préoccupante. Les témoignages de malades se multiplient, les appels à l’aide se succèdent sur les réseaux sociaux et des familles entières se mobilisent, souvent dans l’urgence, pour réunir les moyens nécessaires à la poursuite des séances de dialyse de leurs proches. Derrière chaque appel, il y a un être humain qui veut continuer à vivre. La dialyse n’est pas un luxe. Pour les personnes atteintes d’insuffisance rénale sévère et dépendantes de ce traitement, elle constitue une nécessité vitale. Mais lorsque son coût devient difficilement supportable, la maladie cesse d’être uniquement une épreuve médicale : elle devient une épreuve financière, familiale, psychologique et sociale.

Un malade a besoin d’une séance. Une famille cherche de l’argent. Un appel est lancé. Des proches mobilisent leurs contacts. Des anonymes contribuent. La somme est parfois réunie à temps. Puis vient la séance suivante et le même combat recommence. Pour certaines familles, cette course contre la montre devient une épreuve sans fin. Nourou Deen Saka Saley décrit cette réalité avec des mots particulièrement forts. « L’insuffisance rénale devient malheureusement le mal le plus médiatisé de notre quotidien au Bénin », écrit-il, parce qu’elle pousse de plus en plus de familles à solliciter la solidarité populaire. Et de poursuivre « Ces personnes et leurs familles « mendient » quasiment un jour de vie de plus dans le cœur des populations. »
Cette phrase résume à elle seule la profondeur du drame. Car derrière chaque collecte, chaque publication et chaque appel à contribution, il y a un malade qui espère simplement pouvoir vivre encore. « Un jour de plus a un coût dans la vie de ces familles… et dans les poches des bonnes volontés », rappelle l’auteur. La solidarité des Béninois est réelle. Elle est même souvent remarquable. Mais elle a ses limites. Les familles peuvent solliciter leurs proches, les associations peuvent se mobiliser, les anonymes peuvent contribuer. Pourtant, lorsque les besoins sont réguliers et que le traitement doit se poursuivre dans la durée, la générosité spontanée ne peut durablement remplacer une politique publique structurée.

C’est précisément dans ce contexte que le drame survenu à Parakou prend une résonance particulière. Nourou Deen Saka Saley dit avoir suivi avec empathie l’interpellation d’un jeune homme qui plaidait pour son père malade et dépendant des séances de dialyse. Puis la terrible nouvelle est tombée : le père est décédé le lendemain. « Apprendre ensuite que ce jeune homme a perdu son père le lendemain a été pour moi le plus grand des drames », confie-t-il. Une phrase qui traduit la violence de cette succession : un appel pour sauver une vie, puis la mort quelques heures plus tard. Nourou Deen Saka Saley dit également avoir appris que le jeune homme avait reçu un appel des services du Président de la République. Le geste l’a touché, mais seulement à moitié. « Cela m’a apaisé, mais seulement à moitié », écrit-il. Car pour lui, au-delà de la compassion, le drame appelle désormais une réponse politique et institutionnelle. Il estime qu’une compassion personnellement exprimée par le chef de l’État aurait pu constituer « un acte de compassion annonciateur de responsabilité assumée et de mesures fortes ». Autrement dit, l’émotion ne devrait pas s’arrêter au constat du drame , elle doit pouvoir devenir une décision.

C’est pourquoi son appel s’adresse directement au Président de la République, Romuald Wadagni « Monsieur le Président de la République, décidez pour la vie ! » Nourou Deen Saka Saley demande que soient supprimées ou fortement réduites les barrières financières qui empêchent certains malades d’accéder régulièrement à la dialyse. Il appelle également à réexaminer les mécanismes sociaux d’accompagnement des personnes concernées, rappelant que des mesures existaient avant 2016. Son interpellation repose sur une conviction fondamentale « Vous êtes Président de la République, dont le rôle premier est de décider. » Et il poursuit, avec une demande sans ambiguïté « Il faut que vous décidiez de supprimer toutes les barrières à l’accès à la dialyse pour ceux qui en ont besoin. »
Pour lui, une telle décision ne pourrait jamais être considérée comme une dépense inutile. « Ce ne sera jamais trop cher payé pour la vie des concitoyens béninois », affirme-t-il. L’auteur imagine également la possibilité d’un mécanisme national de solidarité dédié à la prise en charge des malades. Il croit à la capacité des citoyens à participer à une telle initiative si elle était portée par l’État : « Aucun Béninois ne refusera de participer de manière solidaire et citoyenne à un fonds décidé et dédié par le Gouvernement qui montre le chemin. » Car les Béninois donnent déjà. Ils donnent dans l’urgence, individuellement, spontanément, parfois sans même connaître personnellement le malade. «Nous le faisons déjà de manière « informelle », parce qu’humaine », souligne Nourou Deen Saka Saley.
La question posée est donc moins celle de l’existence de la solidarité que celle de son organisation. Pourquoi faudrait-il que chaque famille malade lance sa propre campagne de collecte ? Pourquoi faudrait-il attendre qu’un drame soit relayé sur les réseaux sociaux pour que l’opinion publique se mobilise ? Pourquoi la survie d’un citoyen devrait-elle dépendre de sa capacité à toucher le cœur des internautes ? Pour Nourou Deen Saka Saley, l’État doit prendre toute sa part. Il rappelle que les dépenses et avantages liés à la gouvernance publique ne devraient jamais être déconnectés des difficultés vécues par les populations, notamment lorsque celles-ci sont confrontées à des situations médicales mettant directement leur vie en danger.
Mais son message ne se résume pas à une critique de l’action publique. Il prend aussi une dimension profondément personnelle. L’auteur ne cache pas ses divergences politiques avec le Président de la République. « Je n’ai pas participé à cette conquête, et n’ai pas voté pour vous », affirme-t-il. Mais il explique avoir décidé de sortir de son silence face au caractère sacré de la vie : « Devant le caractère sacré de la vie, une indifférence devient coupable, voire inhumaine. »Cette phrase donne à son intervention toute sa portée. Il ne s’adresse pas à Romuald Wadagni parce qu’il serait son soutien politique. Il s’adresse à lui parce qu’il est désormais le Président de la République.
Nourou Deen Saka Saley rappelle d’ailleurs une conversation qu’il dit avoir eue avec Romuald Wadagni le 3 septembre 2025, à son domicile, avant son accession à la magistrature suprême. Il lui avait alors dit n’avoir « aucun complexe » à le voir devenir Président, tout en lui rappelant l’obligation de résultat attachée à une telle responsabilité. « Si vous échouez, ce serait l’échec d’une génération entière », lui aurait-il alors déclaré. Aujourd’hui, l’homme est devenu chef de l’État. Et celui qui fut son frère et ami de plusieurs décennies choisit de lui parler avec la distance imposée par la fonction républicaine.

Dans cette lettre devenue plaidoyer public, une photographie ancienne vient également rappeler le poids du temps. Plusieurs visages qui y figurent ne sont plus de ce monde. Nourou Deen Saka Saley dit vouloir, à travers cette image, parler au cœur du Président, lui qui affirme avoir eu l’occasion de mesurer son altruisme, notamment dans les causes sanitaires et humaines. Le temps passe. Les générations changent. Les visages disparaissent. La maladie frappe sans prévenir. Et devant cette fragilité universelle, la question de la dialyse ne peut être réduite à une simple ligne budgétaire. C’est une question de vie, une question de dignité, une question de solidarité et une question de responsabilité publique. Car personne n’est véritablement à l’abri de la maladie. Le malade d’aujourd’hui peut être le parent de demain. Le voisin d’aujourd’hui peut devenir notre frère, notre sœur, notre ami ou notre propre famille.
C’est pourquoi Nourou Deen Saka Saley refuse de considérer le drame de Parakou comme une tragédie isolée. Pour lui, la mort de ce père doit pousser la République à regarder en face la souffrance de toutes les familles confrontées à l’insuffisance rénale. Son appel est donc aussi simple que solennel : que la mort d’un malade ne soit pas le point final d’une collecte qui n’a pas abouti, mais le point de départ d’une décision publique capable d’éviter d’autres drames. Au fond, il ne demande pas seulement au Président de compatir. Il lui demande d’agir. Il ne lui demande pas seulement d’écouter. Il lui demande de décider. Il ne lui demande pas seulement de répondre à une famille. Il lui demande de répondre à une urgence nationale.« Décidez pour la vie », répète-t-il. «Décidez pour ces malades qui n’ont plus la force de demander. Décidez pour ces familles qui s’épuisent à chercher le financement d’une séance supplémentaire. Décidez pour ces jeunes qui veulent encore vivre. Décidez pour ces parents dont les enfants refusent d’accepter que le manque de moyens puisse devenir une condamnation. Parce qu’au bout d’une politique publique, il y a toujours une vie humaine.»
Et lorsqu’une décision de l’État peut contribuer à préserver cette vie, cette décision n’est plus seulement une option politique. Elle devient une responsabilité morale. Nourou Deen Saka Saley dit enfin sa gratitude par avance « au nom de toutes celles et ceux qui en seront les bénéficiaires ». Une gratitude anticipée qui porte en elle un espoir : celui de voir le Président de la République transformer ce cri de détresse en une décision forte. Car derrière le drame de Parakou, il y a encore des malades qui attendent. Des familles qui espèrent. Des proches qui se battent. Des citoyens qui donnent. Et des vies qui peuvent encore être sauvées.
FENOU MÉDIAS
Près de vous, Près des faits !