Violences basées sur le genre au Bénin : le cri des victimes, 7 000 plaintes enregistrées à l’INF, 6 % d’hommes dans le lot, 1 000 décisions de justice rendues et des vies à reconstruire

Violences basées sur le genre au Bénin : le cri des victimes, 7 000 plaintes enregistrées à l’INF, 6 % d’hommes dans le lot, 1 000 décisions de justice rendues et des vies à reconstruire

Le téléphone sonne sans relâche au siège de l’Institut National de la Femme (INF) à Cotonou. D’un bout du fil à l’autre, ce ne sont plus des chiffres, mais des vies qui s’expriment : voix tremblantes, silences lourds, cris étouffés. Des femmes, des enfants… et désormais, des hommes aussi. Tous appellent pour dire assez. Tous y déposent leurs plaintes et brisent le silence sur un phénomène qui détruit la vie et le vivre-ensemble.

Depuis 2021 en effet, plus de 7 000 plaintes pour violences basées sur le genre ont été enregistrées au Bénin. Un chiffre sans précédent, révélateur d’un phénomène longtemps enfoui sous la peur et la honte. Pour Huguette Bokpè Gnacadja, présidente de l’INF, ces données ne traduisent pas une explosion des violences, mais une libération de la parole. « Les gens ont désormais le courage de se plaindre », confie-t-elle, le regard empreint d’une détermination tranquille.

Pour la première fois, la société béninoise s’ouvre sur une réalité dérangeante : les hommes aussi peuvent être victimes. 6 % des plaintes proviennent d’hommes, souvent brisés par la culpabilité, la honte ou la peur du ridicule. « Les hommes commencent à refuser le silence face aux violences. C’est un signe d’évolution dans la perception même de la justice et de l’égalité », explique Mme Bokpè Gnacadja. Les récits des plaignants ne sont plus isolés. Ils forment les visages d’un combat que l’INF mène sur tout le territoire, épaulée par des associations, des juristes, des psychologues et des bénévoles. Des numéros verts ( 114 et 01510788) permettent désormais à toute victime de signaler un cas, même par message, photo ou en langue locale.

Et la justice suit le pas. Sur les 7 000 plaintes, près de 1 000 décisions de justice ont déjà été rendues. Autant de jugements qui marquent un tournant. « La répression a un effet dissuasif. Et selon nos partenaires, le phénomène commence à régresser », assure la présidente de l’INF. Mais les chiffres, à eux seuls, ne suffisent pas. Car au-delà des statistiques, il y a la lente reconstruction, la dignité retrouvée, la peur apprivoisée. Dans les centres d’écoute, on parle de “renaissance”. Certains réapprennent à parler, d’autres à sourire. Tous, à croire de nouveau en la justice.

« Chaque plainte déposée est une victoire contre le silence », se réjouit Mme Huguette Bokpè Gnacadja, comme un mantra car «Les violences basées sur le genre ne sont pas un simple fait divers. C’est un enjeu de civilisation. » Le combat continue. Et tant qu’il y aura des cris au bout du fil, des plaintes sur les bureaux, des blessures à panser, l’Institut National de la Femme restera ce refuge apaisant mais essentiel , là où commence la fin du silence.

FÊNOU MEDIAS
Près de vous , Près des faits !

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