Après plus de six mois de détention provisoire, l’ancien ministre Candide Armand-Marie Azannaï est sorti de son silence dans une déclaration à la Nation d’une rare gravité. Entre dénonciation de conditions de détention qu’il qualifie d’indignes, inquiétudes persistantes pour sa sécurité physique, état de santé qu’il dit préoccupant et réaffirmation de son engagement au service de l’État, l’opposant livre un témoignage qui pourrait raviver le débat sur le respect des droits fondamentaux des personnes privées de liberté au Bénin.

Intitulée « Déclaration à la Nation sur les conditions de ma détention et les menaces qui pèsent sur ma sécurité : pour que nul ne puisse dire qu’il ne savait pas », cette prise de parole intervient quelques jours après son audition de plus de huit heures devant la commission d’instruction de la CRIET, première étape majeure de la procédure depuis son incarcération en décembre 2025. Selon Candide Azannaï, son silence n’était ni un renoncement ni un aveu, mais le choix d’un homme convaincu que les institutions doivent être respectées, même lorsqu’elles sont saisies d’un dossier dans lequel il estime subir une profonde injustice. Il affirme avoir attendu que la justice suive son cours avant de porter publiquement à la connaissance des Béninois ce qu’il présente comme une succession de faits particulièrement préoccupants.

Le cœur de son réquisitoire porte sur ses conditions de détention. L’ancien ministre affirme être soumis, depuis plus de six mois, à un isolement permanent, sans bénéficier des promenades normalement accordées aux détenus, tout en étant privé de l’assistance de son médecin malgré un état de santé qu’il dit continuellement dégradé. Il évoque également une cellule envahie pendant plusieurs jours par une épaisse poussière due à des travaux, une coupure d’eau prolongée, ainsi que des conditions qu’il juge incompatibles avec le respect de la dignité humaine. À travers ce récit, Candide Azannaï estime être confronté à un traitement qui dépasse les seules contraintes de la détention provisoire et s’interroge ouvertement sur les motivations d’un tel régime. Des préoccupations similaires avaient déjà été exprimées auparavant par sa famille. L’ancien ministre met également directement en cause certains agissements du régisseur de la maison d’arrêt d’Akpro-Missérété, qu’il accuse d’avoir multiplié des visites nocturnes inopinées dans sa cellule, d’y pénétrer sans prévenir et d’adopter une attitude qu’il considère comme attentatoire à sa dignité. Il affirme avoir saisi à plusieurs reprises la hiérarchie pénitentiaire et le parquet spécial, tout en s’interrogeant sur le sort réservé à ses différents courriers.

Mais c’est surtout sur la question de sa sécurité que le ton de la déclaration devient particulièrement solennel. Candide Azannaï relate qu’à l’occasion de son transfert vers la CRIET, le 18 juin dernier, il a été conduit dans un véhicule dont les deux agents d’escorte étaient équipés de gilets pare-balles, contrairement à lui. Il affirme également que le véhicule se serait immobilisé hors de son itinéraire habituel, dans un lieu où le régisseur serait descendu plusieurs instants sans lui fournir la moindre explication. Depuis cet épisode, ajoute-t-il, les visites nocturnes dans sa cellule se seraient multipliées, alimentant, selon lui, de sérieuses inquiétudes quant à son intégrité physique. Dans l’un des passages les plus marquants de sa déclaration, Candide Azannaï affirme publiquement qu’il n’a « jamais eu, n’a pas aujourd’hui et n’aura jamais » l’intention de mettre fin à ses jours. Il demande que toute atteinte qui serait portée à son intégrité physique fasse immédiatement l’objet d’une enquête indépendante, impartiale et approfondie. « Si le moindre incident devait m’arriver au cours de cette détention, toute la lumière devra être faite », prévient-il, transformant sa déclaration en un véritable acte d’alerte adressé à l’opinion nationale et internationale.

Au-delà de sa situation personnelle, l’ancien ministre inscrit son combat dans une vision qu’il présente comme celle d’un homme d’État. Il rappelle avoir toujours défendu une résistance nationale pacifique, le dialogue politique inclusif, la réconciliation nationale et la préservation des acquis démocratiques issus de la Conférence nationale de 1990. Il réaffirme que son engagement n’a jamais été dirigé contre la République, mais qu’il demeure, selon ses propres termes, entièrement consacré à la défense de l’État de droit, de la justice et des institutions.

En citant Platon, Aristote et Francis Bacon, Candide Azannaï affirme rester serein malgré l’épreuve, convaincu que « la vérité est fille du temps » et que « le droit ne peut durablement céder devant l’arbitraire ». Cette sortie publique, particulièrement grave par son contenu, remet au premier plan les interrogations qu’il soulève sur ses conditions de détention, sa sécurité et le respect de ses droits, tandis que la procédure judiciaire engagée contre lui suit toujours son cours devant la CRIET.
FENOU MÉDIAS
Près de vous, Près des faits !