Le suspense a pris fin ce matin à l’aube, après une ruse journée et une nuit blanche de débats, de calculs et d’émotions. Le parti Les Démocrates a finalement tranché : Me Renaud Agbodjo portera les couleurs du parti à la présidentielle de 2026, avec Judes Lodjou comme colistier. Ce choix, tombé au petit matin de ce 14 octobre, est l’aboutissement d’un processus long, douloureux et semé d’embûches, dans un contexte où chaque signature de parrainage pèse aussi lourd qu’un vote de survie.
Depuis la veille, le Conseil national du parti siégeait à Cotonou. Les travaux, ouverts dans une ambiance déjà électrique, se sont poursuivis jusqu’à tard dans la nuit. Plusieurs heures de tractations, de conciliabules et de tensions ont précédé la proclamation finale. Selon des sources internes, les débats ont opposé deux grandes sensibilités : ceux qui plaidaient pour une figure de continuité issue de l’appareil parlementaire, et ceux qui prônaient un souffle nouveau avec un duo extérieur au cercle des députés pour éviter tout risque de fragilisation juridique.

Le choix de Me Renaud Agbodjo, avocat et figure montante du parti, s’est imposé après de vives discussions et des compromis douloureux. À ses côtés, Judes Lodjou, ancien député et militant de la première heure, incarne la jeunesse et la technicité. Ensemble, ils symbolisent le pari d’une alternance crédible.
L’ombre de l’échec de 2021 n’a cessé de hanter les débats. Cette année-là, le parti Les Démocrates n’avait pu participer à la présidentielle faute de parrainages suffisants, un épisode vécu comme une injustice politique et une blessure historique, selon les militants du parti. Depuis, la question du parrainage est devenue une véritable épée de Damoclès au-dessus du parti. Et pour cause : Les Démocrates ne disposent d’aucun maire dans le pays, mais de 28 députés, tout juste le nombre requis pour atteindre le seuil légal des 15 % de parrains nécessaires. C’est donc une équation à somme nulle : perdre un seul parrain, et la candidature du duo tombe à l’eau.
Cette peur s’est matérialisée ces dernières heures avec l’affaire Sodjinou, du nom du député Michel Sodjinou, qui a saisi la justice pour réclamer la restitution de sa fiche de parrainage. Les 28 députés démocrates avaient remis collectivement leurs fiches à Boni Yayi, président du parti, le 2 septembre 2025, pour garantir une gestion unifiée du précieux sésame. Mais l’honorable Sodjinou, se disant non consulté et rejetant la candidature de Agbozo, a exigé par voie d’huissier la restitution de son formulaire de parrainage, provoquant une onde de choc au sein du parti.
Le tribunal de première instance de Cotonou a donné raison au député tard dans la soirée de ce 13 octobre, ordonnant au président Boni Yayi et au parti de restituer le document ou d’en demander un nouveau à la CENA. Cette décision a ravivé les angoisses de 2021 : si le parrainage d’un seul député venait à être invalidé, la candidature du parti serait juridiquement compromise pour la présidentielle de 2026.
Les jours précédant la désignation ont été marqués par de nombreux jeux de coulisses. Parmi les 34 candidatures enregistrées, plusieurs ténors du parti s’étaient positionnés , Éric Houndété, Nourénou Atchadé, Kamel Ouassangari etc… Mais au fil des discussions, la logique de prudence l’a emporté : en choisissant un duo non député, le parti évite tout risque de retrait de parrainage, tout en se donnant une image d’ouverture et de renouvellement. « Il fallait un duo au-dessus des querelles internes et des susceptibilités juridiques», confie un membre du bureau politique. « Agbozo et Lodjou ont su inspirer confiance par leur profil neutre et leur capacité à rassembler. »
L’annonce du duo a été faite peu après 4 heures du matin, dans une salle encore chauffée par les débats de la nuit. Les applaudissements ont été timides au départ, avant de gagner en intensité lorsque Boni Yayi, visiblement ému, a pris la parole pour saluer « un choix de raison, de responsabilité et d’espoir » avant de déclarer « Le parti Les Démocrates a prouvé une fois encore qu’il sait se relever des épreuves et faire face à l’histoire », a-t-il déclaré sous un tonnerre d’applaudissements. Me Renaud Agbodjo et Judes Lodjou porteront notre combat pour la vérité, la justice et la réconciliation nationale.»
Toutefois, le parti entre désormais dans une phase critique . Le dépôt officiel du dossier de candidature à la CENA dans le délai légal et réglementaire constitue une autre épreuve pour les Démocrates. L’enjeu est colossal. Non pas seulement le parti doit garantir la validité des 28 parrainages, mais il lui faudra aussi démontrer sa capacité à rassembler au-delà de son électorat traditionnel, dans un contexte où les militants restent cristallisés sur leurs exigences et attentes.

Le duo Agbodjo–Lodjou devra à présent incarner l’unité retrouvée, tout en rassurant la base militante et en consolidant les soutiens parlementaires, encore fragiles. Cette désignation, aussi laborieuse qu’historique, marque un tournant pour l’opposition béninoise. Si le parti réussit à franchir l’étape du parrainage sans encombre, il participera pour la première fois à une présidentielle, cinq ans après sa création. Mais si une faille juridique s’ouvre, même minime, c’est tout le rêve d’alternance qui risque de s’effondrer avant même d’avoir commencé. En effet, à Cotonou, une phrase revient dans toutes les conversations politiques « Le plus dur n’est pas d’avoir un duo. Le plus dur, c’est qu’il soit autorisé à courir. »
FÊNOU MEDIAS
Près de vous, Près des faits !