Burkina- Faso : le gouvernement institutionnalise la justice traditionnelle pour renforcer la cohésion sociale

Burkina- Faso : le gouvernement institutionnalise la justice traditionnelle pour renforcer la cohésion sociale

Réuni ce jeudi 7 mai 2026 sous la présidence du Chef de l’État burkinabè, Ibrahim Traoré, le Conseil des ministres a adopté deux décrets majeurs touchant directement le fonctionnement de la justice et du système éducatif au Burkina Faso. Ces réformes, présentées comme des instruments de la Révolution Progressiste Populaire (RPP), visent à rapprocher davantage les services publics des réalités sociales et culturelles du pays.

Le premier décret adopté concerne la désignation des membres des instances traditionnelles de règlement des différends. Depuis plusieurs années, dans de nombreuses localités du Burkina Faso, les conflits familiaux, fonciers, sociaux ou communautaires sont souvent réglés de manière traditionnelle par des chefs coutumiers, des sages ou des notables, sans passer systématiquement par les tribunaux classiques. Avec la révision de la Constitution du 30 décembre 2023, l’État burkinabè a officiellement reconnu ces mécanismes traditionnels comme des moyens complémentaires de règlement des conflits. Cette orientation a ensuite été renforcée par la loi instituant « Faso Bu Kaoré », adoptée le 14 janvier 2026.

Le nouveau décret adopté par le gouvernement vient ainsi préciser les modalités de désignation des membres de ces instances traditionnelles ainsi que leur fonctionnement concret sur le terrain. Selon le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, le texte permettra d’identifier officiellement les personnes appelées à siéger dans les mécanismes traditionnels de règlement des différends, de définir les modalités de leur désignation selon les réalités socioculturelles des différentes communautés, d’encadrer juridiquement les pratiques coutumières afin d’éviter les abus et de rapprocher davantage la justice des populations rurales ou éloignées des juridictions classiques.

Le gouvernement veut ainsi rendre ces mécanismes plus organisés, plus crédibles et mieux intégrés dans l’architecture judiciaire nationale. Même si tous les détails n’ont pas encore été rendus publics, ces instances pourraient intervenir dans plusieurs types de différends, notamment les conflits familiaux, les litiges communautaires, les tensions de voisinage, certains conflits fonciers ainsi que les médiations sociales et coutumières. L’objectif affiché est surtout de privilégier le dialogue, la médiation et la réconciliation sociale.

Le ministre de la Justice a également annoncé le lancement d’une phase pilote dans certaines localités déjà parcourues par les autorités. Cette expérimentation permettra d’évaluer l’efficacité du dispositif avant une éventuelle généralisation à l’échelle nationale.

Une réforme éducative tournée vers les métiers et l’employabilité des jeunes

Le second décret adopté par le Conseil des ministres porte sur l’organisation des enseignements post-primaire et secondaire. Cette réforme ambitionne de transformer en profondeur le système éducatif burkinabè. Selon le ministre de l’Enseignement secondaire et de la Formation professionnelle et technique, Moumouni Zoungrana, le système éducatif actuel maintient une forte séparation entre l’enseignement général, l’enseignement technique et la formation professionnelle. Cette organisation est souvent critiquée pour avoir longtemps valorisé uniquement les études générales au détriment des formations techniques et des métiers professionnels.

Le gouvernement estime que cette situation ne répond plus suffisamment aux besoins économiques et sociaux du pays. Le nouveau décret introduit ainsi plusieurs innovations majeures destinées à accorder une place plus importante à la formation professionnelle et à l’apprentissage pratique. Les autorités souhaitent désormais initier plus tôt les élèves aux métiers et aux compétences techniques afin de permettre aux jeunes d’acquérir des savoir-faire directement exploitables sur le marché de l’emploi après le Certificat d’études primaires (CEP). La réforme prévoit notamment l’introduction progressive de formations pratiques, la valorisation des métiers techniques et le développement des compétences professionnelles dès le cycle post-primaire.

Le gouvernement veut également promouvoir les classes polyvalentes. Concrètement, les élèves pourront désormais recevoir simultanément des enseignements généraux, des apprentissages techniques ainsi que des formations professionnelles de base. Cette approche vise à former des profils plus complets et mieux adaptés aux réalités du monde du travail. Le décret autorise aussi une même structure éducative à proposer plusieurs types d’enseignement à la fois, notamment l’enseignement général, l’enseignement technique et professionnel ainsi que la formation professionnelle. Cette mesure devrait permettre davantage de flexibilité dans l’organisation des établissements scolaires et faciliter l’orientation des apprenants.

Le texte apporte par ailleurs une meilleure prise en charge juridique du cycle post-primaire afin de clarifier son organisation administrative et pédagogique. À travers cette réforme, les autorités burkinabè cherchent notamment à réduire le chômage des jeunes, adapter l’école aux besoins du marché du travail, promouvoir l’auto-emploi, renforcer les compétences techniques nationales et moderniser le système éducatif.

À travers ces deux réformes, les autorités burkinabè affichent leur volonté de restructurer aussi bien la gouvernance judiciaire que le système éducatif en s’appuyant davantage sur les réalités locales et les besoins pratiques des populations.

FENOU MÉDIAS
Près de vous, Près des faits !

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