Dans le paysage politique béninois, rares sont les circonscriptions qui concentrent autant de paradoxes que la 20ᵉ. Cœur stratégique de la vallée de l’Ouémé, cette zone longtemps considérée comme un bastion du Bloc Républicain (BR) vit aujourd’hui au rythme d’une dualité interne qui en dit long sur les fragilités d’un parti pourtant conçu pour l’unité et la discipline. Depuis 2018, deux figures dominent et se font face : Mathias Kouwanou alias Akoma, député et acteur historique du terrain, et Paulin Gbénou, ministre conseiller à l’éducation et ancien député. Entre eux, une rivalité feutrée, mais constante, qui mine la cohésion et paralyse toute dynamique collective.

Au sein du Bloc Républicain dans la 20ᵉ circonscription, la coordination locale s’apparente à un champ de forces contraires. D’un côté, le courant Akoma, fort de son ancrage de proximité et de son influence militante ; de l’autre, le réseau Gbénou, plus futé, arrimé à la hauteur de la technocratie. Cette cohabitation difficile a fini par façonner un parti à double commandement, où chaque camp avance selon sa propre logique, au détriment de l’unité stratégique que requièrent les batailles électorales.
Ce clivage, longtemps contenu dans les salons politiques, s’est désormais déplacé sur le terrain. Les militants s’en accommodent difficilement, les coordinations se fragmentent et les efforts se neutralisent mutuellement. Au fil des années, la 20ᵉ circonscription est devenue le miroir d’un Bloc Républicain divisé contre lui-même. Et aujourd’hui, les bruits se multiplient sur le terrain. Les militants, inquiets et désorientés, ne cachent plus leur exaspération face à la confusion ambiante. Les récentes sorties médiatiques des élus BR de la 20ᵉ circonscription électorale ont ravivé les tensions et confirmé l’ampleur du malaise. Les rumeurs vont bon train quant aux positionnements sur les futures listes de candidatures pour les élections communales et législatives de 2026, alimentant un climat de méfiance et de rivalité de plus en plus pesant.

L’histoire récente du parti dans la région illustre d’ailleurs les conséquences directes de ces fractures internes. Lors des élections communales de 2020, les positionnements hasardeux, dictés par le favoritisme et les équilibres de couloir, avaient conduit à un véritable fiasco : une seule mairie conquise sur cinq, celle d’Adjohoun, arrachée dans la douleur. Trois ans plus tard, lors des législatives de 2023, la répétition des mêmes erreurs s’est soldée par un nouvel échec. Le Bloc Républicain n’avait obtenu qu’un siège sur cinq, pendant que l’UP–Le Renouveau consolidait son implantation locale.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Aujourd’hui encore, alors que s’annoncent les communales et législatives de 2026, la tentation du favoritisme et des positionnements arbitraires refait surface, réveillant d’anciennes blessures et d’anciennes frustrations.
La situation est d’autant plus préoccupante que le contexte politique national n’est plus celui d’hier. En 2020, l’opposition structurée des Démocrates n’existait pas encore. En 2026, elle sera pleinement en lice, aguerrie et implantée. Face à une telle configuration, le Bloc Républicain ne peut se permettre ni improvisation, ni division. Pour plusieurs observateurs, persister dans la logique de rivalité et de favoritisme reviendrait à ouvrir la voie à un véritable naufrage électoral, un chaos politique dont le parti pourrait difficilement se relever.
Derrière cette menace, c’est aussi la majorité présidentielle qui risque de vaciller. La candidature de Romuald Wadagni, ministre de l’Économie et des Finances, désigné comme candidat unique de la mouvance présidentielle pour la présidentielle de 2026, ne pourra s’appuyer sur une base militante solide que si les partis de la coalition, notamment le BR, se présentent unis et cohérents. Or, l’état actuel de la 20ᵉ circonscription laisse entrevoir le contraire : divisions, frustrations, perte de repères et essoufflement de la base.
Le Bloc Républicain, né de la volonté de rationaliser le paysage partisan, se retrouve aujourd’hui à la croisée des chemins. La 20ᵉ circonscription est devenue un laboratoire de ses contradictions internes : deux hommes forts, deux légitimités, deux réseaux, mais un seul parti. Cette bipolarisation, si elle n’est pas maîtrisée, pourrait peser lourdement sur les équilibres politiques de la mouvance tout entière.

Il appartient désormais au Président Patrice Talon, en sa qualité de chef de la majorité présidentielle, d’imprimer une direction claire et de restaurer la cohésion dans les zones sensibles comme celle-ci. Sans une médiation courageuse et une réorganisation des positionnements fondée sur la compétence, le mérite et la représentativité réelle du terrain, le Bloc Républicain risque de s’enfoncer dans un cycle d’échecs à répétition.
Dans cette 20ᵉ circonscription, le monstre à deux têtes continue d’avancer — lentement, maladroitement, chacune de ses têtes tirant dans une direction opposée. Et si rien n’est fait pour rétablir l’équilibre, ce n’est pas l’adversaire politique qui aura raison du BR, mais le BR lui-même, rongé de l’intérieur par ses propres contradictions.
FÊNOU MEDIAS
Près de vous, Près des faits !