L’audience de ce vendredi 27 février 2026 devant la cour suprême du Bénin n’avait rien d’une formalité judiciaire. Elle a pris les allures d’un test grandeur nature pour la rigueur du droit électoral communal. Dans une salle attentive, chaque mot pesait lourd, chaque argument engageait bien au-delà d’un simple siège. C’est la cohérence même de la représentation locale qui se retrouvait sous le feu des débats.

Dès l’ouverture des échanges, le ton a été donné par la cour. Les interventions se sont succédé avec une précision chirurgicale, parfois tranchante. Le représentant de la CENA, celui du Bloc Républicain et les avocats du requérant, Vincent Elegbara de l’UP–Le Renouveau, ont livré une confrontation juridique serrée, sans concession. Articles du code électoral, jurisprudence, principe de proximité. Tout a été disséqué, confronté, opposé.

Au centre de l’argumentation, une question redoutablement simple mais politiquement lourde de conséquences . En effet, peut-on valablement occuper un siège communal dans un arrondissement sans être inscrit sur sa liste électorale le jour du scrutin ? Derrière cette interrogation technique se dessine l’enjeu de l’ancrage territorial, socle de la légitimité des élus communaux.

Il est reproché à l’élue Rachelle Monyédé de ne pas avoir figuré sur la liste électorale d’Odomèta le 11 janvier 2026. Résidant à Pobè, elle y a finalement voté, son nom n’ayant pas été retrouvé dans la circonscription qui l’a pourtant portée au conseil communal de Kétou. À la barre, elle a évoqué des démarches de transfert d’inscription restées sans suite avant le scrutin, plaidant une difficulté administrative plutôt qu’une volonté de contourner la loi.


La situation se complexifie davantage avec le cas de son suppléant, Harouna Akan. Se déclarant natif d’Odomèta, il admet résider à Pobè, où il a également voté. Son nom n’a pas non plus figuré sur la liste électorale de l’arrondissement concerné. Autrement dit, ni la titulaire ni son suppléant ne sont pas électeurs inscrits dans la circonscription qu’ils sont appelés à représenter, un élément que le requérant considère comme juridiquement déterminant.
Pour Vincent Elegbara et ses conseils, l’irrégularité est substantielle. Elle touche à la condition même d’éligibilité et au principe de proximité qui impose un lien électoral direct entre l’élu et sa circonscription. Le ministère public a donné un poids décisif à cette lecture. Dans des réquisitions claires, le procureur général a demandé l’invalidation pure et simple de l’élection de Dame Rachelle Monyédé, estimant que le siège querellé ne satisfait pas aux exigences légales encadrant la représentation communale.


L’enjeu dépasse la seule personne de l’élue. Sur les trois sièges à pourvoir à Odomèta, le Bloc Républicain en avait remporté deux selon les résultats de la CENA, dont celui aujourd’hui contesté. Une éventuelle invalidation pourrait ainsi reconfigurer l’équilibre politique local et rappeler, avec force, que la légitimité électorale repose autant sur la victoire dans les urnes que sur le respect strict des conditions fixées par la loi. Le délibéré est attendu pour le mercredi 04 mars 2026. La décision de la Cour suprême sera scrutée comme un signal fort sur la place du principe de proximité dans l’architecture de la démocratie communale béninoise.
FENOU MÉDIAS
Près de vous, Près des faits !