Ignorés, maltraités et oubliés : Quand des parents meurent seuls en silence chez nous !

Ignorés, maltraités et oubliés : Quand des parents meurent seuls en silence chez nous !

Assise devant une petite maison aux murs fissurés, les mains posées sur ses genoux, Alimatou, 79 ans, regarde la route poussiéreuse qui traverse son quartier Agbokou à Porto-Novo. Chaque jour, elle espère apercevoir un visage familier. Mais la plupart du temps, seuls des inconnus passent devant sa porte. « Mes enfants ne viennent plus me voir. On leur a dit que je suis une sorcière… ou que je ne sers plus à rien », confie-t-elle d’une voix tremblante. Ses yeux cherchent dans le vide un geste d’amour qui ne viendra peut-être jamais. Depuis la mort de son mari il y a 15 ans, Alimatou vit seule. Au début, ses enfants lui rendaient encore visite. Puis les rumeurs ont commencé : sorcellerie, conflits d’héritage, disputes familiales. Aujourd’hui, plus personne ne vient. « On m’accuse d’être la cause des malheurs de mes enfants. Pourtant, c’est moi qui les ai portés, nourris et élevés », murmure-t-elle, la gorge nouée. Sa vie, dit-elle, est devenue « une vie sans vie ». Elle peine à se nourrir correctement, à laver ses vêtements, et même à se rendre chez le médecin quand la maladie l’affaiblit.

Dans un village du département de l’Ouémé, précisément dans la commune d’Akpro-Missérété, un vieil homme de 83 ans raconte qu’il n’a pas revu son fils depuis cinq ans.
« Ma belle-fille ne veut plus qu’il vienne ici. Elle dit que je peux lui faire du mal. Quand je tombe malade, il n’y a personne pour m’aider pratiquement. Je reste paralysé sur mon lit, sans eau, sans nourriture. Je me demande si j’ai eu tort d’avoir sacrifié mes plaisirs de jeunesse pour élever mes enfants. C’est difficile à supporter. Parfois j’ai envie de les maudire, la mort dans l’âme mais quelque chose me retient »

À Adjarra, une femme de 76 ans , communément appelée Mémé partage le même calvaire « Mon fils m’a dit : ‘Maman, les gens disent que tu bloques ma vie.’ J’ai senti mon cœur se briser. Aujourd’hui, je suis seule, je n’ai personne pour me nourrir ou m’emmener chez le médecin. » Ces situations, souvent passées sous silence, se répètent dans tout le pays. Certains anciens sont abandonnés à cause de conflits sur l’héritage, de disputes conjugales des enfants, de dettes ou simplement parce qu’ils sont devenus « inutiles ». Les conséquences sont dramatiques : malnutrition, maladies non soignées, paralysie, isolement psychologique. « Quand vous devenez vieux, certaines personnes vous regardent comme si vous êtes un fardeau », confie un vieillard de 74 ans. « Et je regrette… je regrette d’avoir tout donné à ma famille, et de me retrouver ainsi. »

Au-delà de la souffrance individuelle, cette tragédie révèle une crise sociale majeure : l’affaiblissement des liens familiaux, la rupture de la solidarité intergénérationnelle et la fragilisation de la cohésion sociale. Les anciens étaient les gardiens des traditions, les médiateurs familiaux et les transmetteurs de valeurs. Lorsqu’ils sont marginalisés, accusés ou abandonnés, c’est toute une chaîne de transmission morale qui se brise.

« Si les enfants voient leurs parents rejeter leurs grands-parents, ils feront la même chose demain », avertit un acteur social. La manière dont une société traite ses anciens façonne déjà le comportement des générations futures. Aujourd’hui, plusieurs observateurs appellent à une prise de conscience collective. Respecter les personnes âgées ne devrait pas rester un principe culturel théorique : cela doit se traduire par des visites régulières, de l’aide quotidienne, des soins médicaux et de l’attention.

« Nous ne demandons pas grand-chose », glisse Alimatou, le regard fixé sur la route. « Nous voulons juste que nos enfants se souviennent que nous sommes leurs parents. » Car une société qui abandonne ses anciens court le risque de perdre bien plus que ses traditions. Elle fragilise la cohésion familiale, compromet l’héritage moral des générations futures et condamne ses aînés à des jours de souffrance, de faim et de solitude, dans l’attente d’un geste simple : celui de ne pas être oublié.

FENOU MÉDIAS
Près de vous, Près des faits !

Partagez cet article
Famille & Société Ma lecture