Le Bénin a franchi un pas décisif dans la protection et la promotion des droits en santé sexuelle et reproductive (DSSR) en signant et ratifiant le Protocole de Maputo. Fort d’un arsenal juridique solide à travers des lois et décrets, le pays s’impose comme pionnier dans la sous-région, notamment en matière d’encadrement et d’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Mais un cadre aussi progressiste reste sans portée s’il demeure incompris et peu vulgarisé. C’est ce constat qui justifie la nécessité d’outiller les journalistes et influenceurs, véritables faiseurs d’opinion, pour en être les relais auprès des populations.

C’est dans cette optique que s’est tenu, le samedi 30 août 2025, un atelier de formation et de sensibilisation à l’hôtel Parradeck de Porto-Novo. Organisée par Nelie DODJINOU, dans le cadre du programme JUSTELLE-IPAS, cette rencontre a réuni une trentaine d’acteurs des médias, d’influenceurs et de juristes. Grâce à l’accompagnement technique et financier d’Ipas Afrique-Francophone, à travers ses programmes ReproJust et JustElle, l’événement a permis de jeter un pont entre le cadre légal et la pratique journalistique en faveur de la justice reproductive.
Dans son mot d’ouverture, Nélie Dodjinou, juriste, consultante Genre et Médias et experte en DSSR/justice reproductive, a rappelé avec force que « les journalistes sont les premiers producteurs d’information ». Pour elle, il est impératif que les professionnels des médias s’approprient le cadre juridique afin de mieux informer, déconstruire les préjugés et contribuer à sauver des vies. Son appel vibrant a résonné comme une invitation à l’engagement collectif, pour que chaque article, chaque reportage devienne un outil de sensibilisation et de transformation sociale.

Trois communications majeures ont rythmé la journée. Dr Raphaël Totongnon, expert en DSSR/VBG-VIH, a dressé un tableau saisissant sur « l’état des lieux des décès maternels liés aux avortements clandestins au Bénin et dans la sous-région ». Ses propos ont mis en lumière l’urgence d’agir pour briser le cercle des drames silencieux liés à des avortements non sécurisés. Il a ensuite détaillé « le cadre juridique en matière de santé sexuelle et reproductive et ses implications », démontrant que le Bénin, avec des textes comme la loi n°2003-04 du 3 mars 2003 relative à la santé sexuelle et reproductive, modifiée par la loi n°2021-12 du 20 décembre 2021, et son décret d’application n°2022-194 du 13 avril 2022, a mis en place un socle juridique protecteur, garant des droits des femmes et des adolescentes.
Enfin, Nélie Dodjinou a conduit une réflexion sur « le traitement de l’information sur les DSSR dans les médias ». Son exposé a ouvert des perspectives concrètes pour une presse responsable, engagée et mobilisée, capable de porter avec courage des thématiques sensibles et souvent taboues.

Cet atelier aura été une école de conviction. Les participants sont repartis mieux outillés, mais surtout galvanisés par la conscience que leur plume, leur micro ou leur caméra peuvent changer le destin de nombreuses femmes et jeunes filles. Ils ont pris l’engagement d’accompagner la dynamique enclenchée par l’État béninois et ses partenaires, afin que les DSSR cessent d’être un sujet marginal pour devenir une cause nationale, portée avec responsabilité et humanisme. Car protéger la santé reproductive, c’est protéger des vies, défendre des droits et construire un avenir plus juste pour toutes et tous.
