À Akpro-Missérété, l’eau est devenue le quotidien amer des habitants vivant autour du Centre d’excellence de football. Ce joyau du football béninois, récemment réhabilité, se dresse fièrement derrière ses murs impeccablement peints aux couleurs de la FIFA et de la FBF. Mais devant ses grilles, le décor change brutalement : un fleuve artificiel , des voitures à demi submergées, des motos embourbées, et des riverains contraints de marcher pieds nus dans la gadoue.

« Quand il pleut, nous ne pouvons même pas sortir de nos maisons sans être trempés jusqu’aux genoux. Les enfants n’osent plus aller à l’école, et certains commerçants perdent leurs marchandises à chaque inondation», raconte un père de famille vivant dans l’une des anciennes maisons du quartier.

Depuis les derniers travaux de réhabilitation du centre et la construction de la voie d’accès, la situation est devenue insupportable. À chaque pluie, le passage devant le centre devient un cauchemar. Les véhicules avancent péniblement, les roues englouties dans la boue, et les passagers crient pour alerter les conducteurs. « On se sent prisonniers dans nos propres rues », confie Jean , chauffeur de taxi-moto. «Chaque pluie, c’est une épreuve, les motos tombent, les voitures calment… parfois, nous devons pousser les véhicules nous-mêmes. »

Le plus dramatique, c’est que cette voie est stratégique , elle mène à la radio Gerddes FM, à la prison civile d’Akpro-Missérété, à des établissements scolaires et autres . Autrement dit, l’inaccessibilité du site paralyse une partie de la vie locale. Une simple averse suffit à isoler tout un quartier.

Les photos en disent long : pendant que le centre flambant neuf brille de propreté et d’ordre, ses environs sont livrés à la désolation. Cette inondation récurrente n’est pas un phénomène naturel, mais la conséquence directe d’une erreur technique . Les travaux auraient obstrué les canaux d’évacuation existants, sans qu’aucun système de drainage ne soit prévu. Résultat : les eaux stagnent, montent, s’infiltrent dans les maisons et détruisent les activités des riverains.

« Le centre est beau, oui, mais nous, on patauge dans l’eau. Ce n’est pas juste. », s’indigne Christophe. Face à ce désastre, le silence des autorités est assourdissant. M. Mathurin de Chacus, président de la Fédération Béninoise de Football (FBF), ne peut ignorer la souffrance des familles vivant au pied du centre qu’il dirige. Le Ministre du cadre de vie, des Infrastructures et des Transports, José Tonato, doit répondre : comment une voie publique a-t-elle pu être livrée sans le moindre caniveau ? Et que fait le maire d’Akpro-Missérété, Joseph Hounkanrin pendant que ses administrés pataugent dans la boue ?

L’excellence sportive ne doit pas briller sur la détresse des citoyens. Les habitants exigent des solutions immédiates. La construction de caniveaux, la réouverture des exutoires naturels et la reprise technique du chantier peuvent aider à sortir de ce problème. Car au pied des murs estampillés FIFA, CAF et FBF, les habitants d’Akpro-Missérété ne rêvent plus de football, mais simplement de pouvoir circuler sans patauger. Le centre brille, oui. Mais tout autour, les populations coulent , noyées d’eau, de frustration et d’abandon.
FÊNOU MEDIAS
Près de vous, Près des faits !