Association Nationale des Communes du Bénin (ANCB) : succession de Luc Atrokpo, entre flou statutaire et enjeux de pouvoir !

Association Nationale des Communes du Bénin (ANCB) : succession de Luc Atrokpo, entre flou statutaire et enjeux de pouvoir !

Créée le 6 novembre 2003, l’Association Nationale des Communes du Bénin (ANCB) s’est progressivement imposée comme l’un des piliers structurants de la décentralisation béninoise. Elle constitue aujourd’hui l’instance faîtière des 77 communes du pays, un espace de représentation, de lobbying et d’influence où se cristallisent les rapports entre pouvoirs locaux et État central. Au-delà de sa vocation initiale de coordination, l’ANCB s’est transformée en un véritable centre de gravité politique de la gouvernance territoriale. Elle ne se limite plus à un rôle technique ou consultatif , elle est devenue un acteur d’équilibre institutionnel, un levier de pression politique et un relais stratégique dans la formulation des politiques publiques locales. Dans ce contexte, la présidence de l’ANCB apparaît comme une position de pouvoir, d’arbitrage et de représentation politique à part entière.

Pratiquement engagé dans un troisième mandat à la tête de l’institution, le président Luc Atrokpo aura marqué une phase d’intensification sans précédent de l’action de l’ANCB. Son leadership a contribué à renforcer la visibilité de l’association, à consolider son poids institutionnel et à élargir son champ d’influence dans les cercles décisionnels nationaux et internationaux. L’ANCB s’est ainsi affirmée comme un interlocuteur incontournable dans les débats sur la décentralisation et la gouvernance locale. Mais cette consolidation du pouvoir institutionnel s’accompagne aujourd’hui d’un clair-obscur structurel majeur. Les textes de l’ANCB prévoient un Bureau Exécutif National élu pour cinq ans, après l’installation des conseils communaux issus des élections communales. Cette architecture traduit la volonté d’arrimer la légitimité de l’association à la réalité politique des communes et à leurs élus en fonction. Or, cette cohérence est désormais mise à l’épreuve.

L’élection de Luc Sètondji Atrokpo dans ses nouvelles fonctions de député à l’Assemblée nationale à la suite des élections communales et législatives du 11 janvier 2026 introduit une rupture de statut politique qui rebat profondément les cartes de la gouvernance interne de l’ANCB. Dès lors, une question institutionnelle frontale se dégage de l’évolution de l’actualité de l’association. Peut-on continuer à diriger une organisation fondée sur la représentation des exécutifs communaux lorsqu’on n’appartient plus soi-même à cet univers de légitimité ?

Le silence des textes sur les modalités précises de vacance, d’incompatibilité ou de succession en cours de mandat révèle une fragilité normative préoccupante. Ce vide juridique, en apparence technique, devient en réalité un enjeu de pouvoir. Qui détient la légitimité pour enclencher une transition ? Le Bureau Exécutif peut-il suppléer une absence sans décision du Congrès ? Une succession implicite est-elle juridiquement acceptable dans une organisation de cette nature ? Ou faut-il reconnaître l’existence d’une vacance de fait dès lors que les conditions politiques initiales ne sont plus réunies ?

Ces interrogations ne relèvent plus du débat théorique. Elles touchent au cœur de la stabilité institutionnelle de l’ANCB, d’autant que l’association intervient sur des secteurs stratégiques : financement des communes, aménagement du territoire, gestion foncière, coopération décentralisée, infrastructures locales et territorialisation des politiques publiques. Toute fragilisation de sa gouvernance se répercute mécaniquement sur la représentation politique des collectivités territoriales. L’ANCB est ainsi devenue un acteur trop central pour se permettre l’incertitude.

L’histoire récente de l’association montre pourtant une montée progressive en structuration. Sous la présidence de Soulé Alagbé, ancien maire de Parakou, l’institution a connu une phase de stabilisation après des périodes de tensions internes. Puis l’arrivée de Luc Sètondji Atrokpo, d’abord maire de Bohicon puis de Cotonou, a marqué une transformation qualitative : montée en puissance institutionnelle, affirmation du leadership national des communes et consolidation de la capacité de plaidoyer de l’association. Mais plus une institution gagne en puissance, plus ses zones de flou deviennent politiquement sensibles.

Le dernier congrès électif ayant reconduit Luc Sètondji Atrokpo à la tête de l’ANCB s’est tenu en décembre 2020 à Parakou, consacrant un nouveau mandat de cinq ans. Ce cycle institutionnel arrive aujourd’hui à un point de d’incertitude critique. Car au-delà des individus, c’est la question de la solidité du cadre juridique qui est posée. Une organisation qui se veut vitrine de la décentralisation peut-elle durablement fonctionner sur des zones d’ombre statutaires aussi sensibles ? L’enjeu dépasse la simple succession d’un président. Il engage la crédibilité de l’architecture institutionnelle de la gouvernance locale au Bénin.

Dans un contexte où la décentralisation est appelée à franchir un nouveau palier de maturité, l’ANCB est confrontée à une exigence claire : clarifier ses règles de continuité, sécuriser ses mécanismes de succession et sortir définitivement de l’ambiguïté institutionnelle. À défaut, le risque est réel de voir une organisation centrale de la gouvernance locale glisser d’un espace de stabilité politique vers un champ d’incertitudes institutionnelles, au moment même où elle est appelée à jouer un rôle encore plus stratégique dans l’équilibre territorial du pays.

FENOU MÉDIAS
Près de vous, Près des faits !

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