La Cour Suprême mérite d’abord d’être saluée. En décidant de diffuser en direct les audiences électorales liées aux recours contre les résultats des élections communales du 11 janvier 2026, la haute juridiction a posé un acte fort de transparence et de pédagogie démocratique. Cette initiative ingénieuse a renforcé sa crédibilité auprès de l’opinion publique et permis aux citoyens de mieux comprendre les enjeux, les procédures et les fondements des différentes contestations.

En exposant les débats contradictoires entre le Bloc Républicain et l’UP -Le Renouveau, à la lumière publique, la Cour Suprême s’est affirmée comme un espace de clarification et de vérité. Mais cette transparence a eu un effet collatéral implacable. Elle a mis à nu, sans détour, les graves défaillances de la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA) et de certains agents électoraux notamment certains coordonnateurs d’arrondissement et présidents des bureaux de vote.

Au fil des audiences, le constat est accablant, totalement glaçant. Chiffres contradictoires, procès-verbaux non concordants, inversions de résultats, données fluctuantes selon les interlocuteurs. La confusion est devenue la norme. La cacophonie observée entre les chiffres avancés par les requérants, ceux produits par la CENA et ceux imputés aux agents électoraux mis en cause dépasse largement le cadre de simples erreurs matérielles. Elle révèle une légèreté institutionnelle inquiétante et une gestion approximative d’un processus pourtant fondamental.

Les audiences relatives au dossier de l’arrondissement central d’Akpro-Missérété en offrent une illustration édifiante. Les déclarations faites à la barre ont exposé des contradictions troublantes entre les chiffres annoncés par le coordonnateur d’arrondissement, ceux défendus par le représentant de la CENA et les données affichées sur la plateforme officielle de l’institution électorale. Trois sources, trois versions, aucune cohérence. Cette situation, rendue publique par la diffusion en direct, a profondément marqué l’opinion et renforcé le sentiment d’un désordre électoral difficilement justifiable. Le spectacle est apparu, pour beaucoup d’observateurs, tout simplement pathétique.

Le cas du premier arrondissement de Porto-Novo, tout comme d’autres dossiers examinés par la Cour Suprême, s’inscrit dans la même logique de confusion : chiffres contestés, écarts inexpliqués, responsabilités diluées entre agents électoraux et structure centrale. Autant d’éléments qui alimentent le doute et fragilisent la crédibilité globale du processus électoral.

Plus grave encore, ces dysfonctionnements traduisent une banalisation intolérable du suffrage universel. Le vote n’est ni une formalité administrative ni une variable d’ajustement. Il est l’expression sacrée de la souveraineté populaire. En le traitant avec désinvolture ou imprécision, l’institution électorale fragilise le pacte démocratique et sape la confiance des citoyens dans l’État.
Ce malaise survient dans un contexte politique marqué par les réformes institutionnelles et politiques engagées sous le président Patrice Talon, avec une volonté affichée de modernisation de l’action publique, de rigueur administrative et de crédibilité des institutions. Le contraste est saisissant. Alors que la gouvernance se veut efficace et rationnelle, l’organisation des élections communales révèle un maillon faible du dispositif démocratique.

Les conséquences sont lourdes. Elles affectent la légitimité des élus communaux, nourrissent la défiance citoyenne, exacerbent les tensions politiques à la base et compromettent la participation électorale future. Un électeur qui doute de la sincérité de son vote est un électeur qui se détourne du processus démocratique, avec tous les risques que cela comporte pour la stabilité sociale et politique. En ouvrant les audiences au public, la Cour Suprême a permis à la nation de voir et de comprendre. La CENA, elle, se retrouve désormais face à une responsabilité historique. Car lorsque l’institution chargée d’organiser les élections brouille la parole des urnes par une magie inexplicable, c’est toute la République qui vacille.
FENOU MÉDIAS
Près de vous, Près des faits !