À Yopougon Gesco, dans la commune de Yopougon à Abidjan, la la consternation s’est abattue sur la population. Le diacre d’une église évangélique s’est suicidée par pendaison.Tie Bi Lizié François, cet homme, connu et respecté comme professeur d’histoire-géographie et diacre dévoué, a mis fin à ses jours dans des circonstances bouleversantes. Son corps a été retrouvé pendu dans sa chambre, laissant derrière lui une onde de choc qui secoue autant la communauté éducative que la paroisse évangélique où il officiait.
Pendant des années, Tie Bi Lizié François a enseigné l’histoire et la géographie au Groupe Scolaire André Latrille (GESCO). Enseignant rigoureux, il avait aussi trouvé dans son rôle de diacre un espace pour transmettre la foi, réconforter les âmes en peine et incarner un modèle de droiture. Pour ses collègues comme pour ses fidèles, il représentait la stabilité, la sagesse et l’engagement spirituel.
Marié légalement, il partageait avec son épouse des projets communs, dont la construction récente d’une maison censée symboliser leur avenir ensemble. Mais derrière cette façade solide se dissimulaient des tensions profondes. Selon des proches, leur relation s’était fragilisée au fil du temps, sur fond d’accusations d’infidélité et de disputes récurrentes. Le mari souffrait en silence, selon les recoupements faits, d’être cocufié. Pourtant, les deux venaient de construire une maison sur un budget commun.
Lorsque son épouse lui a annoncé sa décision de divorcer après la construction de la maison, Tie Bi François s’est senti foudroyé. L’onde de choc émotionnelle l’a plongé dans un gouffre intérieur. « Il se sentait humilié et trahi », confie un membre de la famille. «Plusieurs fois, il avait parlé de la douleur d’être trompé. Il en souffrait profondément, mais gardait tout pour lui. »
Les derniers jours de sa vie semblent avoir été marqués par un isolement croissant. Malgré sa position de guide spirituel, il ne trouvait plus la force d’exprimer sa détresse. Personne, ni dans son entourage proche ni au sein de son église, n’a perçu à quel point le désespoir avait pris le dessus. Dans le calme apparent de sa chambre, il a choisi de partir, laissant une lettre et un vide impossible à combler.
Son départ tragique laisse derrière lui un contraste insupportable : celui qui prêchait l’espérance n’a pas trouvé d’issue pour lui-même. Pour beaucoup, c’est un rappel cruel que même les figures fortes peuvent se briser en silence. Si l’histoire de Tie Bi Lizié François bouleverse autant, c’est aussi parce qu’elle n’est pas un cas isolé. Le lien entre rupture conjugale et suicide est aujourd’hui largement documenté, en particulier chez les hommes.
En Côte d’Ivoire, le taux de divorce atteignait 45 % en 2022 contre 40,7 % en 2020. Le pays compte l’un des taux de suicide les plus élevés d’Afrique, avec environ 23 cas pour 100 000 habitants, bien au-dessus de la moyenne continentale (12/100 000). Des études internationales indiquent que les hommes divorcés ont un risque de suicide 3,5 fois supérieur à celui des hommes mariés, et près de 10 fois plus élevé que celui des femmes divorcées. Les causes sont multiples : On cite par exemple l’isolement social, le sentiment d’échec, la perte de repères familiaux, et, dans certains cas, l’absence d’un réseau de soutien efficace.
En réalité, il faut avoir le courage de briser le mythe de l’invisibilité des hommes. Dans de nombreuses sociétés africaines, la culture de la retenue émotionnelle masculine empêche encore les hommes d’exprimer leur souffrance. On leur apprend à « encaisser » et à « rester forts », même quand tout s’effondre. Cette injonction au silence est parfois fatale. Le cas de Tie Bi Lizié François illustre cette réalité : engagé, admiré, mais prisonnier d’une douleur qu’il n’osait pas partager pleinement.
La disparition de Tie Bi Lizié François met en lumière l’urgence d’un changement profond dans le rapport humain à la détresse psychologique, en particulier masculine. Derrière les statistiques froides, il y a des visages, des histoires et des vies brisées.
