Il y a des hommes qui se lèvent quand un pays vacille pour le soutenir. Et puis il y a ceux qui attendent patiemment le vacillement pour y planter leur drapeau personnel. Avec la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 au Bénin, Kémi Seba a trouvé un nouvel épisode à ajouter à sa longue série “Afrique, saison suivante”. À croire que chaque tension politique est pour lui une bande-annonce dont il attend la sortie pour y caser un discours calibré.
Car à peine l’alerte retombée, avant même que les Béninois aient respiré un soupir de soulagement, l’activiste panafricain s’était déjà remis en scène, comme s’il avait attendu ce chaos pour réapparaître. Là où le pays parlait sécurité, maturité démocratique et stabilité, lui s’est rué sur l’événement avec l’enthousiasme d’un marchand qui voit arriver une nouvelle cargaison de scandales. Le Bénin évite le pire ; lui, il évite surtout de rater l’occasion.

On reconnaît bien que ce parfum de crise est pour lui un parfum d’opportunité. Il y plonge comme d’autres dans un bain de jouvence. C’est que le personnage a besoin de drames africains comme une lampe a besoin d’électricité. Plus le pays souffre, plus son discours s’illumine. Plus la situation est grave, plus la caméra doit tourner. Et plus il y a de bruit, plus sa voix se hisse, pas pour apaiser, mais pour exister.
Il faut dire que dans la dramaturgie Seba, chaque nation africaine n’est qu’un décor interchangeable. Aujourd’hui le Niger, demain le Bénin, après-demain autre chose , peu importe, du moment que le scénario lui permet d’incarner le héros solitaire luttant contre une hydre qu’il redessine en temps réel. Ce n’est plus du panafricanisme, c’est du feuilletonnage. Pas une cause, un script. Pas un combat, un abonnement. Avec lui, la misère devient matière première, et l’instabilité une ressource renouvelable.

La grande ironie, c’est cette façon qu’il a de dénoncer l’exploitation de l’Afrique tout en capitalisant sur chacun de ses malheurs. Il accuse les puissances étrangères de se nourrir du chaos, mais lui-même semble en faire son carburant. Plus l’Afrique souffre, plus son personnage prospère. Il crie “résistance”, mais surtout quand il y a un public. Il parle au nom des peuples, mais rarement pour leur réalité, puisque n’a jamais passé un an sans discontinuer en Afrique pour vivre nos réalités. Paradoxe, n’est-ce-pas ? Ce qu’il défend surtout, c’est la cohérence de sa mise en scène.
Et pendant que le Bénin se relève d’une tentative réelle de déstabilisation, lui continue de surfer sur la vague, comme si la crise n’était qu’un décor de plus pour ses vidéos. Son opportunisme n’est pas nouveau, mais ici, il atteint une sorte de sommet : l’art parfait de transformer un pays en pleine vulnérabilité en tribune personnelle. Cette capacité à s’enraciner dans les failles africaines tout en se présentant comme leur remède est devenue sa marque de fabrique.

C’est ici que s’impose une vérité essentielle, trop souvent oubliée lorsque les activistes autoproclamés jouent aux justiciers politiques. Aucun chef d’État, pas même Patrice Talon, ni aucun autre dirigeant dans le monde, n’est Dieu. Les gouvernants sont humains, donc perfectibles. Oui, il y a des insuffisances. Oui, il y a des défis non résolus. C’est vrai pour le Bénin comme pour n’importe quelle nation. Mais utiliser ces réalités pour encourager la cacophonie, flirter avec l’instabilité ou applaudir les secousses politiques, c’est jouer avec le feu d’un continent qui brûle déjà à trop d’endroits. La critique constructive n’a jamais détruit une nation ; le chaos, oui.

Les vrais panafricanistes, ce ne sont pas ceux qui apparaissent quand le malheur surgit pour s’en repaître comme d’une manne idéologique. Ce sont ces femmes et ces hommes qui, dans leurs villes et leurs villages, travaillent, souffrent, construisent, réparent et espèrent, loin des caméras. Ceux qui bâtissent sans faire de bruit. Ceux qui restent, qui investissent, qui apprennent, qui produisent. Ceux qui montent des entreprises, enseignent, soignent, innovent, cultivent et s’impliquent, malgré les imperfections des systèmes, malgré les lenteurs de l’État, malgré la dureté du quotidien. Ce sont eux les véritables artisans du panafricanisme , ceux qui ne quittent pas leur continent pour mieux l’accuser ensuite, mais qui restent sur leur terre pour la développer.
On peut donc admirer la constance du personnage , il ne rate jamais une tempête pour ouvrir son parapluie. Sauf que ce parapluie n’abrite personne d’autre que lui-même. L’Afrique n’a pas besoin de prophètes qui prospèrent sur ses blessures. Elle a besoin d’intellectuels, de bâtisseurs, de stratèges, de citoyens lucides. Pas de voyageurs idéologiques qui prennent chaque crise pour une escale rentable.

Au final, que reste-t-il derrière le grand discours ? Beaucoup de mots, beaucoup de mise en scène, peu de responsabilité. Le Bénin, lui, a montré qu’il savait se défendre contre les menaces réelles. Il serait peut-être temps qu’il apprenne aussi à se défendre contre celles qui, sous couvert de panafricanisme, transforment la douleur africaine en spectacle itinérant.
FÊNOU MEDIAS
Près de vous, Près des faits !