Limogeage du ministre Paulin Akpona: Talon rappelle à ses collaborateurs, le principe de la sacralité de la parole publique et la discipline du groupe 

Limogeage du ministre Paulin Akpona: Talon rappelle à ses collaborateurs, le principe de la sacralité de la parole publique et la discipline du groupe 


Le limogeage du ministre Paulin Akpona par le président de la République ne saurait être perçu comme un simple remaniement technique . Il s’agit là d’un acte de haute portée politique, d’un choix souverain et salutaire qui consacre la primauté de l’éthique de responsabilité sur la complaisance politique. C’est, en réalité, un rappel puissant à l’ordre républicain, au devoir de réserve, et à la noblesse de la parole publique. À Parakou, alors en pleine tournée sur le terrain , dans une envolée populiste, le désormais ancien ministre avait franchi la ligne rouge de la convenance républicaine. Ses propos, aux relents d’improvisation, portaient non seulement atteinte à l’unité gouvernementale, mais semblaient aussi défier l’autorité du chef de l’État et les principes de cohérence de l’action publique. En parlant de milliards prétendument siphonnés par son prédécesseur, censés être affectés à la fourniture d’eau à Parakou, Paulin Akpona ne s’est pas seulement attaqué à une figure antérieure du ministère. Il a, de manière implicite mais lourde de sens, mis en cause la rigueur et l’autorité du président Patrice Talon lui-même, pourtant reconnu pour son combat sans concession contre la mauvaise gestion. Une telle insinuation, proférée dans l’espace public, relève d’un manque de lucidité institutionnelle et d’une absence de loyauté politique manifeste.

Plus grave encore, les propos tenus par l’ex-ministre ont glissé dans l’injure, lorsqu’il qualifia son prédécesseur de « délinquant de la République » et de « siphonneur ». Ces termes, indignes d’un homme d’État, participent à la dégradation du débat public et traduisent un zèle démesuré, aux antipodes de la réserve qu’impose toute charge publique . Ce type de dérive verbale fait voler en éclats l’éthique de la fonction, en même temps qu’il souille la dignité de l’État. Mais l’élément le plus préoccupant réside dans la méconnaissance flagrante des textes républicains dont Paulin Akpona a fait montre. En déclarant, devant une foule galvanisée, que le Bloc Républicain à travers le ministère des Mines, de l’Eau et de l’Énergie, allait fournir de l’eau aux populations de Parakou dans les plus brefs délais, l’ancien ministre a commis trois fautes majeures. D’abord, il a politiquement annexé une institution de la République à une formation politique, comme si les actions dudit ministère relevaient d’un parti. Or, les ministères ne sont ni la propriété d’un parti, ni le prolongement de ses stratégies électorales. Ils sont au service exclusif du peuple, sans distinction d’origine, d’idéologie ou de sensibilité. Ensuite, en personnalisant ainsi l’action gouvernementale, il a rompu avec la collégialité qui fonde toute politique publique. Le ministère, bras administratif et opérationnel de l’État en matière d’eau, est une entité neutre, régie par les lois et la continuité du service public. Toute autre posture révèle un dangereux zèle partisan, incompatible avec l’idéal républicain.

Ce zèle, précisément, illustre une confusion entre engagement politique et abus de posture.  Enfin, le ministre avait commis la maladresse d’une promesse démagogique sur un coup de tête sans se référer aux principes budgétaires ni à son chef. C’est un manquement grave pour peu qu’il s’agisse du régime Talon qui combat depuis 2016 le populisme. Paulin Akpona, en quête de légitimité  ou de capital politique, a confondu tribune partisane et parole d’État. Il s’est laissé emporter par un excès de militantisme mal maîtrisé, mettant en péril la sacralité de la parole publique. Car lorsqu’un ministre parle, ce n’est plus l’individu qui s’exprime, mais la République. Sa parole est empreinte de responsabilité, de retenue et de vérité. Comme l’écrivait Alain, dans « Propos sur le pouvoir » « Le pouvoir est chose grave. Il oblige l’homme à parler moins souvent, mais à penser plus profond. » L’on ne saurait, dès lors, tolérer que la charge ministérielle soit utilisée comme tribune de règlement de comptes politiques ou partisans ni de la guerre de personne, encore moins comme caisse de résonance de considérations qui fragilisent la vision nationale. En mettant fin aux fonctions de Paulin Akpona, le président de la République a rappelé que le Bénin n’est pas un assemblage de clientélismes régionaux, mais un corps républicain tissé par l’idéal d’unité, de rigueur et de responsabilité. Le plus dur pour l’ex ministre Paulin Akpona reste d’apporter les preuves de tous les milliards siphonnés qu’il a dénoncés, puisqu’il s’agit d’une parole officielle. Dans ce registre, il devra se préparer à un piège sans fin.

Ce limogeage, s’il crée des remous dans certains cercles, est en réalité un moment de pédagogie politique. Il enseigne aux serviteurs de l’État que la loyauté n’est pas une faveur, mais une exigence ; que la fidélité à la ligne gouvernementale n’est pas une option, mais un devoir sacré. Comme le disait si bien Charles de Gaulle « L’autorité ne va pas sans prestige, ni le prestige sans éloignement. » Il fallait donc que l’État marque une distance ferme avec toute forme de dérive démagogique, pour préserver le prestige de la parole publique. Le président Talon, en homme de rigueur, confirme une fois encore qu’il entend gouverner par l’exemple, en excluant toute forme de laxisme ou de tolérance à l’indiscipline .  C’est la démonstration que, dans sa gouvernance, les fonctions ministérielles ne sont ni des strapontins de récompense politique, ni des bastions d’expression personnelle, mais des responsabilités pesantes, portées au nom du peuple et soumises à l’exigence du collectif. En somme, le départ de Paulin Akpona du gouvernement n’est ni un affaiblissement du régime, ni un caprice présidentiel. C’est un acte politique fort, empreint de sens, qui redonne toute sa valeur à la discipline gouvernementale et à la solennité de la parole d’État. Ce geste du chef de l’État est un appel renouvelé à la responsabilité, au respect des institutions, et à la hauteur que requiert l’exercice du pouvoir public. Car, comme le dit Platon, « ceux qui sont trop intelligents pour s’engager dans la politique sont punis en étant gouvernés par ceux qui le sont moins. » Or, aujourd’hui plus que jamais, le Bénin a besoin d’hommes de rigueur, de réserve et de hauteur, pour continuer la marche vers le développement dans l’ordre, la paix et la cohésion nationale.

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