Mathématiques à la maternelle et au primaire : l’APMB alerte sur l’état des lieux et appelle à une école plus scientifique

Mathématiques à la maternelle et au primaire : l’APMB alerte sur l’état des lieux et appelle à une école plus scientifique

Face à la désaffection croissante pour les filières scientifiques et à la baisse du niveau en mathématiques dès les premières classes, l’Association des Professeurs de Mathématiques du Bénin (APMB) tire la sonnette d’alarme. Réunis à la faveur d’une journée nationale de réflexion, les enseignants de mathématiques appellent à une refondation pédagogique dès la maternelle pour bâtir les fondations d’une école béninoise plus scientifique, capable de soutenir le développement durable du pays.

« Les mathématiques ne commencent pas au secondaire. Elles commencent à la maternelle. Si nous motivons les enseignants du préscolaire et du primaire, nous améliorerons mécaniquement la qualité au secondaire et au supérieur. »
C’est par ces mots que le Professeur MARCOS Aboubacar, président de l’Association des Professeurs de Mathématiques du Bénin (APMB), a planté le décor d’une réflexion nationale sans précédent, ce samedi 8 novembre 2025, dans la salle S101 de l’École de Formation des Personnels d’Encadrement de l’Éducation Nationale (EFPEEN). Le thème retenu « Problématique de l’enseignement des mathématiques et extension de l’APMB à la Maternelle et au Primaire » , traduit toute la portée stratégique de cette rencontre, organisée avec le soutien du Ministère des Enseignements Maternel et Primaire.

Pour le président de l’APMB, la mission de l’association, apolitique et non syndicale, reste la même « être un creuset de réflexion et d’innovation pour tous les enseignants de mathématiques, du secondaire à l’université ». Mais une conviction nouvelle s’impose depuis le congrès de 2022 : on ne peut promouvoir les mathématiques sans agir dès les premières années d’apprentissage. Cette vision est désormais inscrite dans les nouveaux statuts de l’association, dont l’article 5 autorise l’adhésion des enseignants du préscolaire et du primaire passionnés de mathématiques.

Dans la même logique, l’APMB a rencontré le Ministre des Enseignements Maternel et Primaire et plusieurs directeurs centraux (DIIP, INFRE, etc.). Tous ont salué cette orientation audacieuse. Le Ministre a même reconnu que cette initiative arrive « si tard », face à la baisse persistante des performances au CEP. Et c’est d’ailleurs sur instruction directe du Ministre que cette journée nationale de réflexion a été organisée, pour dégager des pistes réalistes capables de redresser le niveau scientifique dès la base.

Interviewé à l’issue des travaux, le Professeur MARCOS Aboubacar a mis en lumière plusieurs défis structurels : désintérêt croissant pour les filières scientifiques, faibles performances au CEP, manque de formation logique dès la maternelle, et absence de continuité pédagogique entre les ordres d’enseignement. « Si nous voulons des jeunes capables d’intégrer les lycées scientifiques, nous devons préparer les fondations dès la maternelle. Sinon, nous aurons de beaux bâtiments, mais pas d’élèves capables d’y suivre les programmes », a-t-il prévenu. Pour lui, le salut viendra d’un engagement collectif. «L’éducation d’un enfant est collégiale. Si les parents suivent les apprentissages à la maison, ils peuvent remonter les lacunes et aider l’enseignant à intervenir efficacement.» L’APMB entend ainsi promouvoir une culture nationale de co-responsabilité autour des mathématiques, perçues comme « la langue universelle des sciences ».

Présent à la rencontre, Pierre BENOU, Inspecteur de l’Enseignement Primaire à la retraite, a salué cette ouverture historique « Maternelle, primaire, secondaire… Il faut un même son de cloche. La didactique est unique. Si les ordres d’enseignement travaillent ensemble, nous irons très loin. » Il a cependant relevé que malgré les efforts de formation continue, de nombreuses lacunes subsistent au primaire, comme en témoignent les résultats aux évaluations nationales. Selon lui, la collaboration entre enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur offrira enfin une dynamique d’amélioration durable.

Deux commissions techniques ont présenté des résultats précis sur l’état des lieux et formulé des recommandations concrètes. La première commission a montré que l’enseignement au préscolaire et au primaire souffre d’un manque de préparation logique des élèves dès la maternelle, d’une insuffisance des méthodes ludiques adaptées à l’apprentissage des mathématiques, d’une formation initiale des enseignants trop théorique et peu pratique, et d’une absence de suivi pédagogique cohérent entre les différents ordres d’enseignement. Elle recommande donc d’introduire des approches pédagogiques innovantes dès la maternelle, de développer des méthodes d’enseignement ludiques et adaptées au jeune âge, de renforcer la formation initiale des enseignants avec davantage de pratique et de suivi, et d’instaurer une continuité pédagogique nationale entre le préscolaire et le primaire.

La deuxième commission, chargée de l’extension de l’APMB et de la continuité pédagogique, a relevé l’absence d’un dispositif national harmonisé pour le suivi pédagogique, la faible coordination entre enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur, ainsi que la nécessité urgente d’une formation continue mieux ciblée pour renforcer les compétences pédagogiques et didactiques. Elle recommande de mettre en place un dispositif national de coordination pédagogique, de favoriser la collaboration entre tous les ordres d’enseignement et les enseignants, de développer un programme de formation continue spécifique pour les enseignants du préscolaire et du primaire, et d’assurer un suivi régulier et évaluatif des élèves afin d’anticiper les lacunes et renforcer les compétences de base.

Ces analyses et recommandations constituent une base solide pour le rapport officiel qui sera remis au Ministère dans les prochains jours. Au-delà d’un simple atelier, cette journée de réflexion a eu le mérite de provoquer le débat autour de la problématique de l’enseignement des mathématiques à la maternelle et au primaire. Il s’agit au finish de travailler à une refondation progressive du système éducatif béninois à travers la redynamisation des mathématiques. Car pour l’APMB, le développement durable du pays passe par une école scientifique dès la maternelle. Autrement, la rencontre de Porto-Novo aura servi de catalyseur d’une nouvelle ère éducative, unissant enseignants, inspecteurs, universitaires et décideurs autour d’une conviction partagée : Reconstruire l’avenir scientifique du Bénin commence dès la maternelle.

FÊNOU MEDIAS
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