Présidentielle d’avril 2026: Entre discours, enjeux et sanctions, l’hypocrisie qui fragilise les Démocrates

Présidentielle d’avril 2026: Entre discours, enjeux et sanctions, l’hypocrisie qui fragilise les Démocrates

C’est une liberté sous tutelle. Imaginez une organisation qui proclame la liberté de choix, mais sanctionne ceux qui l’exercent dès lors que leurs décisions dérangent. Elle dit « vous êtes libres », tout en imposant, en creux, ce qu’il faudrait choisir. Ce mécanisme n’est ni un accident ni une maladresse. C’est une stratégie de clair-obscur, une hypocrisie organisée où le discours éclaire pour mieux dissimuler les pratiques. C’est précisément l’image que renvoie aujourd’hui le parti Les Démocrates après son Conseil national extraordinaire du 4 avril 2026 à Cotonou, sous la direction de .

Le parti se dit neutre, affirme ne soutenir aucun duo candidat et invite ses militants à voter librement. Mais dans le même temps, il sanctionne des figures comme Éric Houndété, Guy Mitokpè ou Célestin Hounsou pour avoir fait… ce qu’il autorise. Et pourtant, à l’ouverture des travaux, martelait « Notre parti reste fidèle à ses valeurs de démocratie et de liberté », avant d’ajouter « Nous devons faire preuve de responsabilité et de discipline face aux enjeux du moment », une ligne de crête qui, déjà, trahissait toute l’ambiguïté d’une posture impossible.

La contradiction n’est plus simplement frontale, elle est devenue systémique, presque doctrinale. Cette « liberté » vantée n’est en réalité qu’un mot vidé de sa substance, une liberté sous tutelle, surveillée, encadrée, et sanctionnée dès qu’elle échappe au contrôle implicite de l’appareil. Cette « neutralité » n’est pas une position. C’est un artifice, un écran de fumée destiné à masquer une incapacité ou un refus d’assumer une ligne claire. Comme l’écrivait l’autre « Le langage politique est destiné à rendre les mensonges crédibles. » Ici, il ne se contente plus de masquer, il organise la confusion.

Plus grave encore, le parti reconnaît lui-même que les offres politiques des deux duos candidats intègrent ses revendications fondamentales. Autrement dit, il valide le fond, cautionne les orientations, mais refuse d’en tirer la seule conséquence politique cohérente : le choix. Refuser de choisir tout en approuvant tout, ce n’est plus de la prudence, c’est une stratégie de duplicité calculée, une manière de se rendre disponible à toutes les issues sans jamais en assumer aucune. En effet , «L’ambiguïté sert toujours les puissants. » Mais ici, elle sert surtout à dissimuler une ligne politique introuvable.

À force de vouloir être partout sans être nulle part, le parti s’installe dans une zone grise où tout devient flou, suspect, contestable. Il prône la liberté mais impose la discipline, affiche la neutralité mais délivre des signaux politiques, refuse l’engagement mais valide les contenus : ce n’est plus une stratégie, c’est une désarticulation. Et dans cette désarticulation, c’est la crédibilité même de la parole politique qui se délite, car « Le mensonge organisé finit par détruire le sens du réel. »

À ce stade, le risque n’est plus seulement celui de la contradiction, mais celui de la perte totale de repères, pour les militants comme pour l’opinion. Car une formation politique qui refuse de dire où elle va, tout en sanctionnant ceux qui tentent de s’orienter, finit toujours par perdre à la fois le cap et la confiance. La question n’est donc plus de savoir à quoi joue le parti Les Démocrates, mais s’il n’est pas déjà en train de se perdre dans le jeu dangereux qu’il a lui-même instauré.

FENOU MÉDIAS
Près de vous, Près des faits !

Partagez cet article
Actualités Politique